L’universalité est à coup sûr le cliché le plus répandu concernant la langue des signes. Après tout, ne serait-il pas plus simple qu’il n’y est qu’une seule langue signée ? Nous aborderons la question dans cet article.

Tour de Babel vue par Pieter Brueghel l’Ancien au XVIe siècle.

Nous savons que la communication est un des schémas les plus importants dans nos sociétés. Elle existe autant dans les liens que nous tissons autour de nous que dans des relations internationales. Pour faciliter ces échanges, pourquoi ne pas s’attaquer concrètement au mythe de la tour de Babel ? Et d’adopter unanimement qu’une seule et unique langue ? Tous les pays du monde n’auraient qu’à parler anglais puisqu’elle est la langue la plus fréquemment utilisée dès que des nationalités différentes se rencontrent. Mais comment expliquer alors l’échec de l’espéranto ?

Parce qu’une langue est bien plus qu’un simple outil de communication régie par un cadre fixe. Elle est impactée et transpercée dans son écosystème par des phénomènes culturels, sociaux, territoriaux… Entrainant chez elle une évolution que l’on ne peut empêcher. Il suffit par exemple de regarder de plus près l’écart entre la langue parlée aux Etats-Unis et celle parlée en Angleterre. Ou encore les divergences linguistiques entre le Québec et la France. D’autres contextes ont apporté des différences dans chacune d’entre elles. Comme dernier exemple, nous voyons bien l’écart qui se trouve entre l’italien, l’espagnol et le français, qui sont pourtant issues d’une même origine latine.

Les langues des signes sont reconnues comme de véritables langues à part entière et à ce titre, elles sont soumises aux mêmes fluctuations. Il y a des racines communes et des divergences entre les pays.

C’est en France au 18ème siècle, grâce à l’Abbé de l’Epée, que s’exporte en France et en Europe l’institutionnalisation de la première méthode d’apprentissage basée sur des signes. Elle sera nommée la méthode Française. En 1816, Laurent Clerc un ancien élève sourd issu des méthodes de De l’Epée, qui importera sa méthode aux Etats-Unis. De nos jours, c’est l’ASL (American Sign Langage) qui est la langue signée la plus répandu dans le monde. Même si une part de ses racines sont françaises, l’ASL a suivie sa propre évolution, et même si des similarités existent, elle diffère largement de notre LSF (Langue des Signes Française).

Les langues signées ont subi leurs propres évolutions partout dans le monde où elle se sont développées. Également, elles sont soumises aux mêmes facteurs évolutifs qu’une langue orale. Un exemple sur l’incapacité de mettre en place une langue universelle : la manière de se saluer, qui diffère selon les pays. La langue des signes reflète cette pluralité car elle est soumise aux mœurs du pays dont elle est issue. Les japonais s’inclinent pour se saluer et les signes reproduisent cette action. Ce signe en France veut dire « être d’accord » et nous utilisons un autre signe pour dire « Bonjour ».

Charles-Michel de L'Épée
Charles-Michel de l’épée, fondateur de la première école publique pour les sourds.

Il existe plus de 120 langues signées utilisées dans le monde avec des représentations et du vocabulaire propres à chacune. Là ou nous pouvons trouver une similarité, c’est qu’elles sont toutes basées sur une réflexion et une conceptualisation visuelle de l’expression. Il est donc plus facile et plus instinctif de se comprendre entre sourds venant de pays différents. Ce qui n’est pas le cas avec des personnes passant par un langage oral. Une version universelle de la langue est un fantasme que porte l’Humanité depuis longtemps. L’abbé de l’Epée lui-même le portait avec la Langue des Signes, dans le courant humaniste du siècle des lumières. Pourtant les différences linguistiques portent en elles le bien précieux de l’Homme : la richesse de la diversité.

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